31
MAI 13

En moins bien

« Essayez-ça ! » il m'a dit en me tendant ce livre-là ; en douce, comme un dealer amoureux de sa came. Et ce livre, il est allé le chercher dans un rayon particulier, pour moi qui cherchais un roman qu'il n'avait pas et que j'ai oublié depuis. Et il a ajouté, comme s'il écrivait là, en live, la quatrième de couverture : « Tout simplement déjanté et féroce, tragique et abrasif ! »
Mais pourquoi alors il me passait ce livre, à moi qu'il ne connaissait ni d'Eve ni d'Adam ?

Peut-être parce que dans ces pages, il y a une biche psychopathe et blessée, une femme belle comme une apparition. Une épidémie de suicides sur une dune qui chante. Un allemand qui tourne en rond au pied de la dune. Un ange dépravé. Un pélican hargneux tellement il est affectueux. Une Chevrolet Impala rouge qui feule comme un chat. Un narrateur qui a le don inouï d'attraper les étoiles au lasso.

Ici tout est fictionnel autobiographique. Et ce livre, c'est comme une étoile attrapée au lasso. Une fable sur la vie, l'amour et la mort. Vraiment déjantée et féroce ; comme la vie, l'amour et la mort. À savourer encore et encore.

En moins bien, Arnaud Le GuilcherStéphane Million Editeur.

 

16
NOV 12

La gardienne du château de sable

Ce qui se découvre aussi au fil des voyages en enfance, là-bas sur le divan d'elle, ce sont les instants oubliés par-delà l'indicible, les secrets et le fil de fer barbelé.
Et c'est pour ça sans doute que cet auteur-là, Christian ESTEBE, amoureux de la femme première, m'accroche aussi et me trouble tant. 

 

04
NOV 12

AMOUR

- Qu'est-ce qui se passe avec Maman ? Pourquoi tu décroches pas ? Depuis notre dernière conversation, je t'ai laissé quatre messages ! Pourquoi tu rappelles pas ?
- Excuse-moi, je n'écoute pas les messages. Pardon.
- Mais, tu peux pas te douter qu'on s'inquiète ?
- Votre inquiétude ne me sert à rien. Non, ne le prends pas le mal… C'est pas une critique, mais je n'ai pas le temps de m'occuper de votre inquiétude. Voilà c'est tout !
- Papa !!
- Non, arrêtons cette conversation. Ta mère, comme on pouvait le prévoir, va mal tout le temps. Elle est de plus en plus comme un enfant sans défense. C'est triste et humiliant. Pour elle, comme pour moi. Et elle ne veut pas qu'on la voit dans cet état. […] Vous avez votre vie, c'est bien comme ça ; laissez-nous la nôtre. D'accord ?

C'est un extrait du dernier film de Michael Haneke, 
« Amour », couronné par la Palme d'Or. Un film sur la vie qui se délite et le plus intime de nos cauchemars ; servi ici par l'expérience de vie d'Emmanuelle Riva, magistrale, et Jean-Louis Trintignant, grandiose.

 

28
SEP 12

Les heures souterraines

La détresse silencieuse et l'ultramoderne solitude, l'absurde et la barbarie ordinaire, le désespoir au féminin et au masculin, en entreprise et ailleurs On pourrait croire que pour lire un livre comme ça, après Rien ne s'oppose à la nuit, ça ne va pas fort en ce moment ; mais non, pour voyager en compagnie de Delphine de Vigan, il faut avoir le moral bien accroché.
Un livre qui, une fois refermé, invite à partir loin de la ville, prendre un bain de forêt, écouter le chant du vent. 

 

07
SEP 12

Salut Marie !

J'aimais imaginer écrire ici quelques lignes sur ce roman délicieux et tendrement mélancolique d'Antoine SENANQUE et de mon été indien, et, en même temps, les créations singulières et en duo avec Eva (La thérapie pour agir, Psychanalyse et supervision, Mars et Vénus sur le divan…) me portent ailleurs et un pas plus loin sur le chemin des mésalliances fécondes et insolentes de cette rentrée.
Alors voici simplement quelques bouts des pages cornées de ce roman insolent aussi et à savourer sans attendre.

 

20
AOU 12

Tendre et loufoque

J'ai aimé tourner doucement, tout doucement, au bord des vagues et puis de la cime des montagnes, les pages de ce livre-là. C'est une histoire de l'amour et de la sensualité, du premier amour quand il dure longtemps, longtemps, au-delà des accros du quotidien et des déchirures de la vie. Avec les amours hors-piste et la mort aussi. 
C'est ironique et pétillant, tendre et loufoque. C'est Foenkinos.
L'auteur aussi de La délicatesse.

 

13
JUN 12

Douceur obscure

L'intime et l'insoutenable, la violence ordinaire et de l'enfance, les blessures secrètes et la fabrique de la folie Quand Delphine de Vigan plonge sa plume dans l'encre noire de son histoire, c'est captivant et bouleversant ; de la première à la dernière page, et au-delà.
Autopsy des liens familiaux, des fines traces et des ombres de jadis, de leurs effets secondaires et en sourdine, longtemps après et tout autour.

19
FéV 12

Freud, Jung et Sabina Spielrein

En écho au film A dangerous method, encore sur les écrans en ce moment, un article d'Élisabeth Roudinesco, historienne et psychanalyste, sur les relations singulières et complexes entre les deux fondateurs de la psychanalyse et Sabina Spielrein, amante de l'un, disciple de l'autre.

Entre Freud et Jung, entre le maître viennois et son disciple suisse, l'histoire a retenu une grande amitié, mais aussi une rupture fondamentale, à l'époque où s'élabore et s'affine l'une des plus grandes découvertes scientifiques du XXe siècle, la psychanalyse.

28
JAN 12

Les merveilles

Là, avec délice, je suis au beau milieu d'un roman vraiment étonnant : Les merveilles.
Ça commence dans le huis clos d'une famille bien ordinaire où se mêlent le barbare et l'impossible douceur, le drame et l'anamour, les prémisses de la folie.
Une histoire qui va mal finir, écrite par Claire Castillon une femme qui ressemble à une fée mutine et qui, en couverture, se montre en étrange compagnie d'un jarre. Empaillé, j'imagine !
Une auteure étonnante dont je sens que je vais savourer les autres créations d'avant et de demain.
Quelques extraits en partage ici et sans attendre la fin. 

 

04
JAN 12

L'amour médecin ?

Zurich, été 1904. Aux premières heures de la psychanalyse, Carl Gustav Jung s'apprête à tester la nouvelle méthode freudienne de la "cure par la parole" avec une patiente de dix-neuf ans, Sabina Spielrein. Mais le médecin suisse va tomber éperdument amoureux de la jeune femme, qui, guérie, deviendra psychanalyste à son tour et lui fera rencontrer Sigmund Freud, le grand maître vienois.
C'est la trame du film de David Cronenberg, en ce moment à l'affiche : 
A dangerous method.
D'après l'
œuvre de Christopher Hampton : Parole et guérison.

 

10
DéC 11

Le moine

Il y a dans mon roman familial des épisodes incroyables où les contraires se mêlent et se tourneboulent : le sang bleu et le sang noir, le noble et le modeste, le maître et l'esclave Et l'un des premiers chapitres de cette histoire s'écrit dans un dilemme douloureux et secret qui opposa le sacré et le charnel, les Ordres et le désordre
C'est pourquoi j'aime tout à la fois les diableries et les lieux divins. Et je suis aux anges quand le théâtre ou le cinéma me raconte des histoires d'ailleurs et de jadis où le bien et le mal se débattent, où l'âme et la chair ne font pas bon ménage.

 

28
NOV 11

A la renverse

« Dès son origine, l'anagramme fut un moyen d'interroger les noms mais aussi les préceptes des livres sacrés. La kabbale en fit grand usage, prêtant à cet art des vertus révélatrices. Le monde pouvait accoucher d'un démon. Aux XVIe et XVIIe siècles, ce jeu savant s'immisça dans les cours d'Europe. Entre gens lettrés et courtois, il était de bon ton de trouver dans un nom propre une flatterie délicate ou une maligne satire.
Thomas Billon, gentilhomme provençal, fut un fameux anagrammatiste. Il eut de Louis XIII une pension de douze cent livres pour amuser la Cour. Sa glore dura sans échec jusqu'à ce que le poète Colletet y vînt porter atteinte par une moquerie, tenant "que tous ces renverseurs de noms ont la cervelle renversée". Hélas la sienne était bien trop d'aplomb ; l'histoire l'oublia.
Galilée, quant à lui, communiquait sous forme d'anagrammes certaines de ses découvertes ; c'était là un moyen de s'assurer la priorité de ses observations tout en les entourant de mystère. Enfin, la coutume s'établit, pour les écrivains et les artistes, de signer leurs œuvres par l'anagramme de leur nom.

Alors, l'anagramme ? Art divinatoire ? Art du compliment ? de la satire ? du secret ? En tout cas, une fiole de folie, c'est certain. »

C'est la préface d'un petit livre délicieux, écrit par un physicien et un jazzman, découvert ce week end chez la marchande : Anagrammes renversantes ou Le sens caché du monde, Étienne Klein et Jacques Perry-Salkow.

Comme un voyage à travers les sciences, l'histoire et les arts…

 

25
OCT 11

Instants d'âme

Papier de soie plié sur le vélin de velours, ruban d'or entre les doigts de la marchande de livres, j'ai aimé m'offrir cet autre livre de Christian Bobin : Un assassin blanc comme neige.

C'est un livre sans histoires. Juste des instants d'âme, lumineux et éphémères. Des minutes vagabondes.
Un merle qui file entre le rosier de bois noir ; la pluie qui joue au clavecin ; une femme d'affaires qui se défait enfin du chic et du lisse ; un lièvre soûlé par le parfum de la menthe au paradis
"L'ivresse de goûter à une vie dont chaque instant est sans modèle."

Tour à tour, avec ravissement et mélancolie, Dieu, la mort assassine, Bach, Matisse, les saints se faufilent entre les lignes. Mais celui qui dialogue avec les anges nous prévient : "Je parle si souvent de Dieu qu'on va finir par croire que je le connais."