05
AOU 15

Frérocité

Ce mot frérocité c'est à la radio que je l'ai entendu la première fois. J'étais sur une petite route de campagne, dans ma vieille voiture, – Il faut que je retienne ce mot-là, je me suis dit – je n'avais rien pour écrire mais j'avais noté que c'était la combinaison de deux mots ; une combinaison inventée par Lacan.

Plus tard, j'ai voulu retrouver ce mot qui m'avait tant accroché ; j'ai recherché l'émission, j'ai googlisé, j'ai essayé plein de combinaisons, comme sur un cadenas à combinaison. En vain. Alors j'ai fini par oublier ce que j'avais oublié.

Frère, férocité ! Je ne sais pas comment ni pourquoi, un jour, les deux mots me sont revenus. Et la combinaison avec.

Enfin, si, je crois savoir pourquoi c'est revenu soudain. Depuis quelques temps, sur le divan et dans mes rêves, je découvrais une grosse part de ce que j'avais enfoui jusqu'alors : ma rivalité avec mes frères, la jalousie infantile et cachée.
On était une famille nombreuse (cinq 
enfants et moi au beau milieu de tout ça) ;  ma mère était nourrice agréée et pour moi ça a corsé l'affaire au fond. Et c'est pour ça que la découverte de cette part-là en moi agitait plein de défenses : dénégation, parties de catch avec ma psy, verrouillage de ma mémoire Mais l'inconscient était lâché ; irrépressiblement !

Ainsi, en même temps, une nouvelle création personnelle me procurait un plaisir jubilatoire, infantile et irrépressible aussi : Le GorafiCoach, ces micro-fictions où j'épingle les us et coutumes du peuple coach, de mes confrères qui tiennent à distance la psychanalyse. Comme si la rivalité était créatrice pour moi.

Et puis, il y a aussi la supervision de ceux que j'accompagne : elle fait resurgir en moi des élans complices ou bagarreurs souvent.

Alors j'ai voulu en savoir plus. Et de fil en aiguille, j'ai trouvé un livre de J.-B. PONTALIS : "Frère du précédent".

 

08
MAI 15

L'élan barbare et créatif

"Chacun de nous vient au monde avec le désir d'exister, un désir brut, une vitalité un peu folle, une énergie singulière et une violence créatrice aussi ! Mais au fil de notre histoire, tout ça se censure ou se refoule, s'étiole et puis s'épuise alors. Et c'est ça qui est destructeur au fond !
Et notre art singulier, en open source, c'est l'accompagnement au naturel : pour faire alliance avec notre humaine nature, nos pulsions sexuelles et agressives, sources vives de création et de disruption ; en tribus et en communautés professionnelles."

Ça c'est un morceau du pitch préparé avec Eva pour la 1ère rencontre entre barbares, le 31 mars dernier à l'Archipel, haut lieu d'innovation collaborative. 

Mais une fois sur scène et puis dans notre alcôve de barbacteurs Divan 2.0, c'était une toute autre histoire !
Et pourtant, Eva & moi on n'était pas inquiet au fond : on savait bien que tout allait rentrer dans le désordre !

En partage ici la vidéo de ce moment inoubliable porté par l'élan barbare, vivant et disruptif.

Réalisation : Alexandra Ha Duong - Textes : Antoine Brachet

 

05
AVR 15

Dépendance Day

Je ne sais pas trop pourquoi j'ai choisi ce roman-là quand je l'ai choisi. Ça parle de la mémoire qui s'efface, tout doucement ou tout d'un coup. Sans prévenir et par pans entiers alors. Inéluctablement, irréversiblement. Il suffit de "laisser le sablier faire son ouvrage", écrit Caroline Vié, l'auteure, journaliste de cinéma aussi.

Il y a comme un tremblement de l'inconscient, je crois, à l'instant de choisir un livre ; un frémissement qui prend forme dans l'après-coup, au fil des pages. Alors là, c'est peut-être parce que j'ai moi aussi perdu la mémoire. Mais c'était bien avant de vieillir ; la mémoire de mon enfance. Et puis maintenant, je sais de mes voyages en divan que ce n'est pas à jamais, au fond.  

Alors que là, dans Dépendance Day, elle est triste, elle est tragique l'histoire. C'est écrit à l'encre noire, outrenoire. Parce que cette forme-là de l'oubli fait glisser vers la fantaisie d'abord, et puis carrément dans la folie. Et ça semble inscrit dans l'ADN des femmes de cette famille. Lachésis, Clotho et Morta ; ces femmes-là s'appellent comme les Trois Parques. Et il y a aussi Nona, la dernière. Et c'est écrit à l'acide aussi. L'humour comme un antidote, une défense face au désespoir.  

Et sans avoir encore fini ce livre-là, j'en partage ici quelques extraits. Avec aussi une vidéo comme un thriller.
Un livre à aimer lire tout doucement.

 

09
MAR 15

Fragments d'une psychanalyse empathique

Ça fait bien longtemps que je n'ai pas partagé ici quelques lignes sur un livre de psy. Parce que je ne peux plus lire ces livres-là ; c'est sans doute l'un des bienfaits du divan qui m'invite à vivre l'analyse plutôt que de théoriser ; parce que la théorie est une défense au fond.
Et pourtant j'ai aimé plonger dans l'un des livres de Serge Tisseron, un psy qui a fait sa thèse de médecine en bande dessinée et qui écrit plein d'essais : sur la honte, sur les effets des secrets de famille, sur notre rapport aux nouvelles technologies…

Et cet ouvrage-là n'est pas théorique, il est délicieusement décousu, fragmentaire et écrit sur le mode du témoignage : le témoignage de ses séances avec un autre psy, Didier ANZIEU, clinicien hors du commun qui s'impliquait en permanence dans la cure.
Ainsi ce livre parle tout à la fois de son expérience d'analysant et d'analyste, de la souffrance que font les blessures de l'âme, d'une "psychanalyse contemporaine", orientée du côté de la vie et à rebours des approches comportementalistes à la mode, du "bonheur de symboliser" à deux, parce que ce bonheur-là ne peut être que partagé...
Un livre pour tous ceux qui ont envie de commencer une psychanalyse ou qui ont déjà commencé.
Et incontournable pour les coachs qui n'osent pas aller sur le divan et percevoir ainsi de quoi il en retourne.


Deux extraits ici et puis aussi une interview vidéo de l'auteur.
 

19
JUI 14

Chevrotine

C'est bizzare, j'ai oublié où et quand j'ai acheté ce livre-là. Un peu comme Alcide Chapireau, le personnage central de ce roman, qui ne sait plus vraiment ni quand ni pourquoi il a tué Laura, sa deuxième femme. 
Moi, je me souviens juste que je venais de terminer un recueil de nouvelles d'Agnès Desarthes. Et les nouvelles, quand c'est bien fait, ça me donne une envie goulue de plonger dans un roman juste après. Ce qui m'a d'abord accroché dans ce livre de Fottorino c'est à la fois le titre - un seul mot qui claque comme un polar, mais c'est pas un polar - et puis la quatrième de couverture, juste deux phases : "Toutes les femmes attendent le grand amour. Ta mère cherchait son assassin." 

Ainsi dans ce roman-là, on sait d'emblée qu'il va y avoir un meurtre. Et pourtant ça commence comme une romance en bord de mer, comme un conte de fées. Mais très vite la fée elle se met à dérailler, un peu, beaucoup, à détester et rejeter les enfants d’Alcide qui se laisse faire. Alors la romance devient l'histoire d'une torture intime, psychique ; un vrai cauchemar. 
 

18
MAI 14

Etienne regrette

J'avais tellement aimé "Salut Marie" ! Alors j'ai aimé suivre Antoine Sénanque sur son Facebook. C'est sur ce fil-là et sur son blog que l'auteur donne de ses nouvelles. Des nouvelles inédites, sombres ou énigmatiques. Et c'est ainsi que j'ai découvert son dernier ouvrage : "Etienne regrette".
Ce livre-là est un bonheur. Laisser 
sa classe de philo derrière soi, un instant et plus ; ouvrir sa maison aux oiseaux ; et puis partir travailler à la morgue en compagnie d'un ami médecin-légiste, sans souci de nuire car ici les malades ne risquent plus rien ; retrouver une amie d'enfance et la tendresse avec ; flirter avec les déferlantes à la pointe d'une digue de l'atlantique ; se laisser aller là où le soleil se couche sans pudeur, où l'air est à température de peau… 

Tout ça est déjanté et léger, immoral et réjouissant et ça apaise quand tout s'étouffe ou se détraque autour de soi, au fond de soi… 
C'est une fable sur l'amitié, poétique et mélancolique, et puis ça finit comme un thriller.
Et c'est vraiment un bonheur à chaque page. 

 

30
MAR 14

S'abandonner à vivre

Ce livre-là je ne l'ai pas choisi pour son titre ; parce que le verbe abandonner se conjugue à toutes les peurs au fond. Je t'abandonne, tu m'abandonnes
Ce qui m'a accroché c'est plutôt la chute de la quatrième de couverture : "Et ils auraient mieux fait de rester au lit." 
C'est comme chaque nouvelle, légère ou noire, de ce livre de Sylvain TESSON, écrivain-voyageur : ça finit toujours dans les délices de l'inattendu ou 
de l'absurde ; à l'H.P ou sur un trottoir ; sous le plafond du ciel ou dans un crash ; dans un train, avec une infirmière de campagne ou au bord de la mer, avec les fées

Et j'ai aimé m'abandonner à lire ; du début jusqu'à la chute. 

 

02
MAR 14

Mars & Vénus au bureau

- Y-a-t-il des façons vraiment si différentes de diriger entre hommes et femmes ?
- Oui, je crois. Ainsi, au matin entre les draps, l'homme dit : "Je peux être contre toi !" Et la femme demande : "Je peux venir avec toi ?"

C'était ma réponse vagabonde à la question de Lucie Benhamou, journaliste et réalisatrice pour Elephant Store et pour un reportage sur l'égalité hommes-femmes en entreprise et le leadership au féminin : 
"La parité : au nom de la performance !"
Repéré ici comme "un expert des femmes", j'ai aimé répondre avec le matériau de mes relations familières ou singulières, de mes fantasmes et analyses sur le divan, de mes recherches fondamentales et appliquées, avec Eva et celles et ceux que nous accompagnons en duo, en groupe et en fédérations de coachs.
L'émission a été diffusée jeudi dernier sur BFM TV - Les Sagas de BFM Business - et le sera sur d'autres ondes aussi.
Voyage au pays du Soleil Levant et puis de la Terre de glace, dans les usines à fabriquer des autos ou de l'argent, chez McInsey et puis là, à l'atelier en bord de ciel, sous le plafond de verre. C'est un reportage passionnant et porteur de plein d'idées inédites, je trouve.

 

22
DéC 13

Une femme tue son psy

Après "l'espace analytique en coaching", une nouvelle journée avec Jean Marie von Kaenel, psychanalyste et écrivain, ami et voisin. Ce sera le vendredi 28 mars à l'Atelier des Jardiniers : Contre-transfert & Interprétations
Et pour préparer cet atelier-là, Eva et moi on aime bien partager avec Jean-Marie des livres qu'on aime. Oh ! pas des ouvrages théoriques ou cliniques mais des romans délicieux. Ainsi le premier roman de Julia Deck paru l'été d'avant aux éditions de Minuit : VIVIANE ELISABETH FAUVILLE.
Quand une patiente assassine son psychanalyste ! Coup de folie passager ? Vengeance ? Étape ultime du transfert ? Pas si simple !

 

18
AOU 13

Les poissons ne ferment pas les yeux

J'avais aimé parler ici d'un petit livre angélique d'Erri De Luca : Au nom de la mère. Et cet autre livre-là est tout aussi délicieux. C'est comme la première étoile qui apparaît dans le ciel. Un voyage vers cet instant de la vie entre l'enfance et après, là où on apprend à la fois la douceur des baisers et la cruauté du monde.
Un livre à savourer allongé dans l'herbe, sous le ciel.


"Et elle se laissa glisser sous l'eau. Je plongeai moi aussi pour la faire remonter et elle me prit la main. Nous sommes sortis pour respirer, elle tenait toujours ma main. [...] Je n'avais jamais rien touché d'aussi doux jusque-là. Pas même jusqu'à aujourd'hui, maintenant je le sais. Je lui dis que la paume de sa main était mieux que le creux d'un coquillage, pendant que nous regagnions le rivage, détachés. « Tu sais que tu as dit une phrase d'amour ? » dit-elle."

07
AOU 13

Je vais mieux

« - Intensité de la douleur : 7,5.
- État d'esprit : au bord du gouffre. »

La douleur intense ici, c'est juste en bas du dos du narrateur. Une douleur soudaine et qui fait comme des montagnes russes quand tout se déglingue à la quarantaine : pièges sournois et relations sadiques au bureau, anésthésie affective et naufrage du couple, crise comme jamais avec les parents
Examens médicaux, ostéopathe, magnétiseuse, amour tarifé ou séance chez le psy rien n'y fait. Bien au contraire.
Entre la douleur du corps et le mal-être, il y a comme une équation complexe.
Et c'est quand les résistances lâchent enfin que cette équation-là semble se résoudre. Une équation à une inconnue.

Un bon roman pour la plage, quand la marée est basse.

David FOENKINOS - Je vais mieux - Gallimard - Janvier 2013

31
MAI 13

En moins bien

« Essayez-ça ! » il m'a dit en me tendant ce livre-là ; en douce, comme un dealer amoureux de sa came. Et ce livre, il est allé le chercher dans un rayon particulier, pour moi qui cherchais un roman qu'il n'avait pas et que j'ai oublié depuis. Et il a ajouté, comme s'il écrivait là, en live, la quatrième de couverture : « Tout simplement déjanté et féroce, tragique et abrasif ! »
Mais pourquoi alors il me passait ce livre, à moi qu'il ne connaissait ni d'Eve ni d'Adam ?

Peut-être parce que dans ces pages, il y a une biche psychopathe et blessée, une femme belle comme une apparition. Une épidémie de suicides sur une dune qui chante. Un allemand qui tourne en rond au pied de la dune. Un ange dépravé. Un pélican hargneux tellement il est affectueux. Une Chevrolet Impala rouge qui feule comme un chat. Un narrateur qui a le don inouï d'attraper les étoiles au lasso.

Ici tout est fictionnel autobiographique. Et ce livre, c'est comme une étoile attrapée au lasso. Une fable sur la vie, l'amour et la mort. Vraiment déjantée et féroce ; comme la vie, l'amour et la mort. À savourer encore et encore.

En moins bien, Arnaud Le GuilcherStéphane Million Editeur.

 

16
NOV 12

La gardienne du château de sable

Ce qui se découvre aussi au fil des voyages en enfance, là-bas sur le divan d'elle, ce sont les instants oubliés par-delà l'indicible, les secrets et le fil de fer barbelé.
Et c'est pour ça sans doute que cet auteur-là, Christian ESTEBE, amoureux de la femme première, m'accroche aussi et me trouble tant.