29
AOU 18

Casse-gueule

Sur Instagram elle s'appelle « bohaime » et comme Ava, l'héroïne de Casse-Gueule, c'est une très jolie jeune femme. Un peu comme une princesse russe. Mais sans chichis. 
Enfin, Ava était très jolie juste avant de se faire casser la gueule. C'était à l'heure bleue par un inconnu avec un poing américain et dans la cour pavée d'un immeuble parisien, là où elle fait du Yoga. Mais c'est alors comme une libération pour elle. Et elle ne va pas en rester là.

03
AOU 18

Une forme de vie

Je venais de poser la misère et le yuca à l'ombre, tout au fond de la cour pavée, avec aussi le bonsaï et toutes les plantes de l'atelier pour traverser l'été. Et c'est là que soudain j'ai commencé à m'affoler. Oui, j'avais terminé "À l'aube", le dernier Djian – une sombre histoire de perversité ordinaire –, et donc je n'avais plus de roman pour le début des vacances. J'aurai pu me raisonner, m'autopsyer pour voir ce que cachait cette urgence-là ou simplement attendre d'arriver là-bas au bord de la mer – en plus, je sais bien que sur place il y a l'Ancre de Miséricorde – mais non, c'est comme une drogue dure ce truc. Alors j'ai foncé vers la grande librairie à quelques pas de l'atelier – sur deux étages quand même – et, sur le chemin, je me suis dit je vais prendre un roman d'Amélie Nothomb. Une valeur sûre comme ça.

"Une forme de vie". C'est ce roman-là que j'ai choisi. « Ces mots évoquent en principe l'existence élémentaire des amibes et des protozoaires. Pour la plupart des gens, il n'y a là qu’un grouillement un peu dégoûtant. » Mais, là, c'est autre chose : Melvin Mapple, un soldat américain posté en Irak, devient obèse, il écrit à Amélie qui répond à presque toutes les lettres parce qu'elle est épistolière depuis l'enfance. Et parce qu'elle aussi a eu un rapport très spécial à la nourriture. Et c'est ça qui m'a accroché, cette question du rapport à la nourriture, boulimique ou anorexique, ça cache autre chose toujours. Bref. Une correspondance s'engage. Et l'échange de lettres fonctionne comme une scissiparité : l'un envoie une infime particule d’existence, la lecture de l'autre la double, la réponse la multiplie, et ainsi de suite. Une forme de vie donc. Avec cette question de l'obésité. 

28
JUN 18

Un livre pour l'été

« … Ce que nous nommons besoin dans la sphère entrepreneuriale se mue en désir sous la plume des auteurs. Désir à la fois inassouvissable et moteur de vie : sans désir pas de vie, et avec le désir de la souffrance. » C'est Jean-Louis Muller qui écrit ces lignes-là à propos de l'ouvrage que j'ai écrit avec Eva : "Érotiser l'entreprise".

C'est à la Cegos que j'ai rencontré Jean-Louis. Consultant en management, il animait les stages "millionnaire" (c'est-à-dire avec toujours, depuis les origines, plein de stagiaires). Mais c'est surtout dans un groupe animé par François Balta, médecin psychiatre et thérapeute familial, que je l'ai côtoyé de près. Ce n'était pas du tout millionnaire ce groupe-là, plutôt discret et intimiste. Et c'était de la supervision, donc pas du tout psychiatrique ni thérapeutique a priori, mais chaque consultant percevait au fil des séances combien son histoire personnelle, ses pulsions et tout ce qu'il voulait tenir à distance, s'emberlificotait au fond avec sa pratique et ses fantasmes professionnels (ses désirs de puissance, de maîtrise, de savoir…). Je me dis aujourd'hui que c'était un peu comme la « thérapie institutionnelle », avec Jean Oury. Oui, quand les soignants savent bien qu'ils sont tout aussi « dérangés » au fond que ceux qu'ils veulent soigner. Et c'est à partir de là que j'ai eu envie d'aller voir ailleurs, enfin plus du côté de chez moi.

J'ai aussi aimé continuer de voir Jean-Louis parce qu'on est devenu voisins, à la campagne, avec Eva. Et il a aimé lire notre livre paru au printemps et puis écrire à son tour quelques lignes.

15
MAR 18

Les loyautés

« … chaque personne que je croise dans la rue, dans le métro, au pied de mon immeuble, est devenue, depuis quelques semaines, un ennemi. Quelque chose à l'intérieur de moi, ce mélange de peur et de colère qui s'était endormi pendant des années – sous l'effet d'une anesthésie aux apparences de douce somnolence, dont je contrôlais moi-même les doses, délivrées à intervalle régulier –, quelque chose en moi s'est éveillé.
Je n'ai jamais éprouvé cette sensation sous une forme aussi brutale, aussi invasive, et cette rage que j'ai peine à contenir m'empêche de dormir. »

C'est un extrait du nouvel opus de Delphine de Vigan : Les loyautés. Et c'est écrit avec la même encre que Rien ne s'oppose à la nuit. Oui, une encre noire, l'encre des histoires qui se trament dans les coulisses des familles plus ou moins parfaites.
Un livre sur les emprises silencieuses qui se tissent au fil des années d'enfance, sur ces liens invisibles qui nous attachent et nous façonnent, qui nous portent ou nous accrochent. Et sur les arcanes de l'adolescence comme la recherche d'une issue face à tout ça, peut-être.

C'est un beau roman. Outrenoir.

14
FéV 18

Les dessous du coaching

Ce titre-là, « Les dessous du coaching », c'est le titre que j'ai choisi pour apporter une touche personnelle à l'ouvrage écrit cet été avec Eva : « Érotiser l'entreprise - Pour des rapports professionnels sans complexes ». Une trentaine de pages, plutôt intimes et au beau milieu du livre, parce que j'aime bien regarder les choses par en-dessous. C'est une déformation de l'enfance. Oui, les gens parlent de "déformation professionnelle" quand ils font des manières, mais ça vient d'avant toutes nos manières de voir et de faire.

Trente pages donc, sur ce qui se trame sur la scène de l'inconscient et dans l'entreprise. Entre pulsions, fantasmes et névroses. Et pour éclairer un peu tout ça, j'ai aimé relier les points entre coté fauteuil et coté divan : les séances quand j'accompagne et puis mon travail en psychanalyse. Jeux de transfert et de contre-transfert. Avec aussi des balades à la campagne quand je fais des détours en Simca. Les ricochets du passé vers aujourd'hui. 

Extraits.

29
JAN 18

Le coaching, une alternative à la psy ?!

« Changer ma vie, vendre ma maison, éduquer mes enfants, améliorer mon look, perdre des kilos, m’apprendre à travailler en équipe… Les coachs seraient en passe de remplacer les psys pour nous aider à affronter différentes situations. Mais que font-ils au juste ? »
C'est un article de Isabelle Taubes pour Psychologies Magazine, le numéro de février. Que font les coachs au juste, mais aussi vont-ils voir un psy ou bien, sinon, sont-ils supervisés ? C'est sur ces points-là et sur le coaching d'entreprise que la journaliste nous a interviewé, Eva et moi. Retour aux sources et enquête dans les coulisses du "peuple coach".

Extraits...Et puis tout l'article avec aussi une interview de Norbert Marcia, sur sa pratique de coach.

14
JAN 18

Érotiser l'entreprise

L'art du lien. Dans l'intimité du coaching. La psychologie du collaboratif. Désirs et tabous en peuple coach... c'était jusqu'alors deux chemins d'écriture bien différents en apparence. Oui, le fil de nos créations singulières, Eva et moi. Et puis cet été, un peu comme on le fait déjà pour les conférences et les ateliers (Mars et Vénus sur le divan. L'inconscient, un ami qui vous veut du bien...), on a aimé relier un instant nos manières d'écrire pour aller ensemble tout à la fois du côté de l'entreprise et de l'inconscient. Parce que l'entreprise est une scène vraiment privilégiée pour dérouler nos pulsions, nos fantasmes et nos névroses. A notre insu souvent ou en pleine créativité parfois :

ÉROTISER L'ENTREPRISE
Pour des rapports professionnels sans complexes

Une analyse à deux voix donc, sur les coulisses du management et de l'accompagnement. Récits de divan, éclairages didactiques et témoignages sur l'ambivalence et la richesse des passions qui nous animent et nous dépassent souvent.

Ça vient de sortir des presses de L'Harmattan et c'est dans la collection "Vivre l'entreprise - Série Management et Ressources Humaines".
 

06
NOV 17

Notre vie dans les forêts

C'était le début de la nuit. Les choses prennent toujours d'autres proportions la nuit. Je roulais vers la campagne et, sur les ondes, il y avait Serge Tisseron qui recevait Marie Darrieussecq pour son nouveau roman. Ça m'a tout de suite accroché. L'émission, l'ambiance, le titre, "Matières à penser" (le vendredi soir c'est sur "les hommes et les machines"), le thème du roman. L'auteure racontait qu'il y a quelques années, elle avait été psychothérapeute et qu'elle était intervenue après les attentats du Bataclan mais qu'elle préférait écrire à présent. Oui, parce que sans ça elle serait sans doute dans une maison de repos aujourd'hui. L'héroïne de son roman, Viviane, est aussi thérapeute. Et elle écrit. À la première personne. Au fond d'une forêt.

29
OCT 17

Ça n'a pas de rapport

Jusqu'alors j'étais vraiment incapable de lire des écrits de Freud. Ça me rebutait.

Mais c'était bizarre parce que j'aime beaucoup, beaucoup, écouter des psys le citer et commenter ses textes. Des psychanalystes comme Paul-Laurent Assoun, J.-B. Pontalis, André Green et bien d'autres. Avec alors le plaisir de leur voix quand ils reprennent et développent sa pensée. Et puis, en retournant à la fac, j'ai bien vu qu'il me faudrait quand même en passer par là, par lire ses ouvrages de référence je veux dire. Parce qu'à la fin du D.U. il y a un examen de deux heures sur toute la psychanalyse freudienne. Mais, depuis, c'est pire, je ne comprends rien. Je fais un blocage.

Alors, un soir, j'ai évoqué ça sur le divan. Sans me faire trop d'illusion parce que je sais bien que ce n'est pas résolutoire la psychanalyse. Enfin pas directement. 

22
SEP 17

Frappe-toi le coeur

Je redeviens fan d'Amélie Nothomb – oui, l'année dernière j'avais beaucoup aimé la retrouver avec Riquet à la houppe  –, alors j'ai choisi son nouveau roman, Frappe-toi le cœur, sans trop me poser de questions. Ni sans savoir que ça parle du MAL DE MÈRE (pourtant c'est écrit en gros, comme ça, partout dans la ville). Enfin, c'est plutôt l'une des formes particulières de ce mal : la jalousie. La jalousie entre mère et fille, et puis de fil en aiguilles, au fil du temps et de la vie, la jalousie entre femmes, sœurs, amies, profs…

Je sais bien depuis la conférence psy, La haine au féminin, que c'est plutôt rare ou simplement tabou, mais entre les « femmes fatales » et les « femmes battantes », quand les femmes s'y mettent « forcément, on retrouve des morceaux dans la poubelle ». (Paul-Laurent Assoun). 

Je connais bien ça aussi parce que j'étais presque aux premières loges dans mon enfance, observateur attentif de ma mère avec ma sœur aînée (supposée être "l'enfant du Diable"). Même si je n'avais pas trop de mots à l'époque. (J'avais essayé d'écrire là-dessus dans "Fais le beau, Attaque !" mais ça a tourné court parce que mes histoires de chiens qui certes me permettaient de "symboliser" brouillaient aussi mes cartes : Mis en examen).

Et donc ce livre-là d'Amélie c'est à la fois un conte et un roman, avec un côté thriller aussi, mais un thriller psychanalytique. Parce que c'est vraiment troublant à chaque page et c'est comme une énigme. Mais une énigme en devenir : une fois que Diane, encore enfant, a la certitude du désamour maternel et même d'une forme de haine, on se demande ce que va devenir la jeune fille et puis la femme. Et avec Amélie Nothomb les années défilent vite (2 ans en 2 lignes !), alors il faut savoir ralentir la lecture si on aime faire durer le plaisir.
C'est tragique, c'est cruel, mais même au cœur du drame il n'y a pas de pathos. Non, ça reste toujours clinique avec Amélie. Et un régal.

Encore un mot. Un mot à propos des hommes dans tout ça, dans l'histoire : pharmacien ou mathématicien, ils comptent les points ou regardent le plafond mais, tout à côté des mères, ils semblent rayés de la carte. Peut-être qu'ils pensent aussi, qu'ils pensent toujours à leur mère. Plus ou moins consciemment.

15
AOU 17

Article 353 du code pénal

Je ne sais pas pour vous, mais c'est compliqué, c'est sensible de choisir un roman je trouve. Ne serait-ce que parce qu'on va passer beaucoup d'heures ensemble. Entre les pages. C'est comme une nouvelle rencontre aussi, ça peut chambouler. Alors moi j'ai toujours un peu d'appréhension au moment de chercher !

Ce livre de Tanguy VIEL - Article 353 du code pénal – je l'ai trouvé au bord de la mer, enfin dans une petite ville du bord de l'océan, une citadelle au début de la route des Indes. Et j'ai beaucoup aimé cette rencontre-là, et toutes les heures ainsi. Il y a l'histoire bien sûr, mais on en connaît la trame dès les premières pages : un type est balancé au beau milieu de la mer, avec ensuite l'inculpation de l'auteur du meurtre, celui qui parle tout au long du livre (c'est curieux, l'auteur d'un meurtre et l'auteur d'un roman, c'est le même mot.) Et, là, c'est devant un juge, plutôt silencieux d'ailleurs, juste quelques questions pour l'article 353. Et tout le livre c'est un peu comme on se parle à soi. Enfin à soi, mais en présence d'un autre. Sans trop de ruminations ni de faux-semblants alors.

Et, même si ça n'a rien à voir, ça m'a fait penser au divan et c'est peut-être pour ça aussi que j'ai aimé. D'ailleurs, il y a un passage dans le livre ainsi :

« Le juge n’a pas bougé. À force, j’ai cru que j’étais dans le bureau d’un psychologue ou quelqu’un comme ça, à force de le voir immobile sans réponse, les mains jointes sous le menton, et parce qu’à mesure des heures qui passaient, j’avais l’impression qu’il me demandait de creuser à l’intérieur de moi comme l’aurait fait un psychologue, de tout déterrer jusqu’à la poussière des os pourvu de faire de la lumière et encore de la lumière et sans se demander si à force de trop de lumière, oui, les gens comme moi, ça ne pouvait pas les rendre aveugles. »

Donc, ça se passe à Brest, avec l'Arsenal qui est en train de fermer et un promoteur immobilier qui arrive comme une providence…

Une fois le livre refermé, j'ai voulu en savoir un peu plus sur l'auteur. Interview :
« Oui, j'aime bien mettre des zooms sur des endroits de l'existence. Il y a à la fois des pans psychologiques des gens qui sont faits pour être dominés, passifs ou mélancoliques, et en même temps il y a la malchance. Comment savoir ce qui, dans un caractère, produit ce hasard, cette mélancolie. Il y a des boucles comme ça. C'est vrai que j'ai tendance à pousser un peu les curseurs pour que les personnages soient assez chargés de difficultés à vivre et d'un peu de malchance. »
« Moi, ce qui m’intéresse, c’est juste deux ou trois endroits un peu théâtralisés : la famille, l’argent, la ville, les petits réseaux, la province. Ça me va car c’est un univers comme une sorte de maquette où je fais évoluer mes personnages. »
Interview par François Lestavel (Article 353 du code pénal, de Tanguy Viel, un roman de haute volée !)

07
AOU 17

L'invention de la psychanalyse

C'est les vacances, là, alors je suis plutôt « off », non pas pour faire genre « digital detox » mais parce que ça prend du temps le bricolage, l'écriture, les instants Mojito, la lecture, les balades… Donc juste cette note de blog pour vous indiquer un film réalisé il y a pas mal de temps, diffusé sur ARTE et vraiment passionnant : Sigmund Freud - L'invention de la psychanalyse.

Un extrait :
« Ne me parlez pas, dit-elle. Ne me touchez pas, écoutez-moi ! »
C'est en 1889 qu'une patiente, Fanny Möser, ordonne ainsi à Freud de s'écarter d'elle et de ne plus bouger. « J'abandonnais donc l'hypnose et ne retins d'elle que la position couchée du patient sur un lit de repos derrière lequel j'étais assis, de sorte que je le voyais mais sans être vu de lui. » raconte Freud.
« Il invente le divan. Il se retire pour que ce soit la parole qui devienne l'acte thérapeutique elle-même. Il n'y a plus rien, plus de magnétisme, plus d'hypnose, plus de regard, il n'y a plus que la parole. C'est beaucoup plus intéressant que d'aller chercher dans l'Inconscient endormi. Et les patients prennent donc l'habitude de raconter leurs souvenirs d'enfance, leurs fantasmes. » C'est Elisabeth ROUDINESCO qui commente, là. Et qui ajoute :
«Passionné par ses découvertes, Freud laisse le sujet parler librement. En écoutant cette parole chaotique, il assigne à la sexualité une place fondamentale : elle détermine la vie psychique. La névrose n'est pas une maladie insolite, mais la conséquence partagée de beaucoup de conflits infantiles non résolus. »

02
JUI 17

K.O.

Plonger dans le coma c'est peut-être comme dans un rêve : de la pleine inconscience !
Déplacements et condensations, le faux c'est pour de vrai, l'autre c'est soi, le ko c'est ok, la partie c'est le tout, beaucoup de violence, un peu de sexe – ou tout le contraire –, et tout se retourne toujours

Et c'est ça la trame de K.O., le film de Fabrice GOBERT. Comme les pièces d'un puzzle et la traversée dans les labyrinthes de la psyché, et de la vie aussi
Oui, sur un ring de boxe ou sur un plateau télé, au cachot ou au restaurant d'entreprise, une crise cardiaque ou une balle dans le thorax... tout ça c'est presque pareil au fond.
Ce film-là est un régal. Et le casting aussi : Laurent Lafitte. Chiara Mastroianni. Clotilde Hesme...
Absolument incontournable.
Un cocktail aussi de "Fight club" de 
David Fincher et "Stupeur et tremblements" de Alain Corneau.