09
OCT 11

Traces d'enfance

Sur le chemin de l'atelier, il y a aussi une galerie d'art dans laquelle j'aime parfois m'arrêter.
Et, en ce moment, s'exposent de drôles de bonshommes, un peu biscornus, un peu déglingués, qui semblent venus tout droit de l'enfance.
Parce que pour leur auteur,
Jean-Claude TARDIVO, « les premières traces laissées par un enfant, inscrites en mémoire fondamentale, sont la genèse d'une démarche artistique en promesse d'exister. »
Et
parce que ces traces-là nous suivent à jamais comme une douce lumière.


05
OCT 11

Un petit livre angélique

Un autre livre découvert avec bonheur sur le chemin de l'atelier. Un livre qui s'ouvre sous le souffle d'un ange et qui porte entre ses pages la douceur inouïe du murmure d'une femme à son enfant. Cette femme c'est Marie, simple jeune femme juive fiancée à Iosef…

"En ces jours de fin d'été, avant les noces, j'expose mon corps au soleil sur le toit au premier matin, sous prétexte de retourner les figues mises à sécher. Je découvre mon ventre pour que la lumière lui parvienne à travers moi. Je lui en parle : « C'est cette lumière qui t'attend au dehors. Elle ne sert pas seulement à voir loin, c'est aussi de la chaleur. Tu sens la vague qui nous recouvre tandis que nous sommes allongés ? Elle se nomme soleil. Mes yeux n'arrivent pas à le regarder, mais les tiens oui, protégés par l'eau de mon ventre. »" p. 38

 

17
SEP 11

Brodé au point de grâce

Nabaltar, le soigneur de fauves, a les arbres ; Zeppo, le clown, les albums de photographies ; et Hésior, le magicien, les histoires de sang.
Et, entre eux, il y a Mira. Une femme de l'air. Faite pour s'envoler.
Au point de croix et de grâce, au fil de soie, Jeanne Benameur brode autour d'eux une histoire d'âme. L'histoire de l'amour et de la mort.
Ça se lit comme on marche en sous-bois, là où la terre est si tendre. Silencieuse. Là où rien ne gêne pour contempler.


29
AOU 11

Charnel et animal

À l'ombre des larmes du saule, à fleur d'eau près du moulin, une coccinelle en pèlerinage zigzague entre les mots de ce livre de l'été. Comme si, à pas comptés, à pas menus, elle m'invitait à retrouver un bonheur d'enfance : lire du bout du doigt.

Et ce livre-là parle de la joie sacrée de tracer les premières courbes,
les premières lettres sur les cahiers de l'enfance. Une joie sacrée et un tourment aussi. Un tourment quand le savoir et l'école menacent le lien entre l'enfant et la mère. Ce lien-là, charnel et animal, vorace et exclusif, n'a besoin ni de lettres ni de mots.

Jeanne BENAMEUR est une artiste dentellière qui brode chaque mot, chaque phrase, sur des pages en vélin.


27
AOU 11

Au bord du néant

« Le soleil ni la mort ne peuvent se regarder en face » écrivait La Rochefoucault. Et pourtant avec Melancholia, Lars von Trier nous invite à contempler l'un et l'autre, tour à tour, au cœur de la nuit, à l'aube et à l'orée de cet instant où le monde finira à jamais.


19
JUI 11

La plus que vive

« Peu de livres changent une vie. Quand ils la changent c'est pour toujours, des portes s'ouvrent que l'on ne soupçonnait pas, on entre et on ne reviendra plus en arrière. »
Ce sont des lignes de Christian Bobin à propos des livres qui, parfois, sont comme des « anges d'appoint ».
Et, tout comme ses autres livres, La plus que vive est un sésame troublant pour aller sur les chemins de soi.

 

07
JUI 11

Blue Valentine

C'est du cinéma d'auteur américain. Rare.
Et c'est le blues des amoureux,
l'énigme de l'amour et du désamour :
Quelle alchimie singulière nous porte vers l'autre, éperdument ?
Et pourquoi un jour, ou au fil des jours, l'amour s'échappe ou s'érode ?

Un drame romantique et bouleversant, beau et triste.
A voir absolument. Seul ou en couple.

02
JUI 11

Les Éternelles

« Il y a des femmes que l'on rencontre pour une seule nuit, certaines pour quelques mois, quelques années, d'autres encore que l'on côtoie une vie entière : elles ont toutes ce point commun de n'être pas oubliées. Elles reposent dans un coin de nos mémoires comme de précieux bijoux que l'on aurait portés et qui ne se seraient jamais altérés. Ce sont elles les Éternelles. »


04
JUN 11

Amour noir

C'est un livre noir. Le noir des enfances abîmées et des gouffres sans fond.
Le noir de l'amour quand il est noir.
Et du sang quand il sèche.
Noir extrême. Celui de l'origine et de la fin de toute vie aussi.
Et pourtant, entre l'absurde et les fêlures,
entre deux incendies, jaillissent les instants de lumière et de couleurs.

Un roman de Philippe DJIAN, époustouflant de la première à la dernière ligne.


29
MAI 11

En bord de ciel

Elle aime choisir et m'offrir des livres que je reçois toujours troublé, toujours touché. Touché au cœur et à l'âme.
Et ce livre-là, avec sa couverture épaisse et sa tranche rouge et toilée, ressemble à un livre pour enfants.
Il s'ouvre sur une mystérieuse dédicace :
Pour toi Endorphine, qui m'aides à me transformer en moi-même.
D'étranges dessins se glissent entre ses pages : L'infirmière au sudoku. Aux yeux de Dieu. La mélancolie de l'enfant
Et ce livre semble écrit avec l'encre des rêves, ces rêves qui nous retiennent les matins d'hiver.

01
MAR 11

Terrasse à Rome

Pour mieux revenir aux sources, pour m'alléger, ce sont maintenant les manuels pratiques et les dictionnaires, les guides techniques et les grands livres du coaching, dont j'aime me défaire un à un et à jamais. Mais, à la place, avant que l'aube ne paraisse, une inconnue continue de déposer des romans délicieux, là, dans la blanchisserie sur le chemin de l'atelier.
Les premiers mots, les premières lignes, des pages déjà cornées, me font aimer d'emblée le livre du moment.

26
FéV 11

Entre ciel et chair

J'ai entr'aperçu l'affiche, il y a quelques jours, sur la céramique du métro, au détour d'un couloir. Regard photographique alors pour retenir l'essentiel : Théâtre Le Lucernaire, du 2 février au 26 mars.
Cette pièce-là parle de l'histoire de deux amants mythiques : Héloïse et Abélard. Et le texte est tiré d'un roman de Christiane Singer : Une passion
.
Désir irrésistible de voir cette pièce. Sans attendre !
C'était vendredi, à l'orée du soir, à l'orée du week end.

20
FéV 11

La guerre amoureuse

J'aime savourer ce tout premier instant quand, à l'orée du jour, la maison dort encore et que je prends le temps de tourner, une à une, les premières pages d'un roman. En vélin, en velours.
Une page blanche d'abord. Comme pour oublier la quatrième de couverture. Puis, la page d'après, découvrir d'autres livres de l'auteur, chez Gallimard ou ailleurs : Le goût du malheur. La femme de proie. Nous ne savons pas aimer...
Encore une page pour rien, pour presque rien. Juste le titre en lettres capitales. Ce titre-là est paradoxal. La guerre amoureuse. Un oxymore.
L'amour devient une guerre, je crois, quand nous choisissons l'autre pour combler nos manques de jadis, pour guérir nos névroses.
Plus loin, une citation de Nietzche en écho à ces relations barbelées : L'amour dont la guerre est le moyen et dont la haine mortelle des sexes est la base.

Et enfin plonger dans les premières lignes :
J'allais vers un pays froid. Je m'y rendais seul et pas de gaieté de cœur. Avec même un sentiment de punition. Ce n'était pas tant de m'aventurer dans une contrée gelée qui me glaçait que l'impression déprimante de tourner résolument le dos à l'amour.