27
FéV 24

Du blanc à 14°

Oxalique, Citrique, Chlorhydrique... il y a des moments où j'ai beaucoup de goût pour une chose en particulier. Oui, je me concentre soudain sur cette chose-là, dans ces différentes formes, et cela pendant plusieurs semaines. J'en fais un chantier. Là, par exemple, je vois bien que j'ai plein d'attirance pour toutes sortes d'acides.

Ce genre de tropisme – limite maniaque voire psychopathe –, peut faire flipper mon entourage.

12
JAN 24

Un opéra pour le bébé

Avis de grand frais sur Viking et Fisher... Dépression 1000 hectopascals se décalant vers la Norvège... Là, tout d'un coup, je me souviens d'une époque où j'aimais beaucoup écouter la météo marine.

C'était peut-être sur FIP, en voyage, en voiture, je ne sais plus. C'est embrouillé parce que je n'imagine pas trop les pêcheurs de langoustes écouter cette radio-là. Maddalena, Cantabrico, Iroise...

C'était écrit dans une langue étrangère, toujours mystérieuse. Cromarty, Forties, Tyne et Dogger... Des morceaux de mer, plus ou moins agitée, au large, des histoires de vent et de houle et, tout ça mis ensemble, ça faisait des poèmes. Un peu comme les messages codés sur les ondes de la BBC, juste avant le débarquement. Et pour désigner, l'air de rien, des cibles à détruire.

30
NOV 23

Rien ne se perd

Ça avait commencé d'un coup j'ai l'impression. Juste avant l'été et ça a duré plusieurs semaines. Comme une lubie. Oui, j'ai eu soudain l'envie d'une grande besace Freitag. Ce genre de sac à bandoulière fabriqué avec de vieilles bâches de camion recyclées, découpées, plus ou moins colorées après toute une vie sur les routes au soleil ou sous la pluie. C'était pour emporter pas mal d'effets personnels quand je reçois à Paris : mon casque à vélo pliable, le roman du moment, une pince multifonction pour bricoler des trucs si nécessaire, mon réveil de voyage pour les séances, etc. 

06
OCT 23

Ça peut devenir incontrôlable

– Pas trop de mousse, s'il te plaît.
La femme venait de se lever et poser sa choppe sur le bar pour un autre demi visiblement.
Pourtant c'est un délice l'écume sur les lèvres, j'ai pensé.
– Je déteste ça, la mousse ! elle a ajouté tout en tripotant le petit carré buvardeux qu'on pose sous le verre. Pour la mousse justement.
J'avais fini mon café, j'allais partir, mais vu comment elle insistait, je me demandais de quoi il en retournait avec son histoire de mousse. Ça devait représenter quelque chose de bien particulier pour elle.

22
SEP 23

À bout de souffle

C'est fou. Je pensais à mon rêve du matin, tout en morceaux et encore incompréhensible – avec juste un hamster en plein soleil – et là, à l'angle de l'avenue de Suffren et de la rue qui mène au divan, un type venait de tailler à l'équerre visiblement tout le lierre bien accroché à la grille.
Enfin, ce n'était pas visible d'emblée, c'est d'abord l'odeur qui m'a accrochée. Oui, c'était soudain comme dans les boutiques Massimo Dutti.
À Paris ou à Madrid, c'est la même fragrance dès l'entrée. Terreuse et musquée, avec des notes d'agrume. Et à chaque fois, ça me rend un peu fou justement. Sans doute parce que c'est terreux et musqué.

En ce moment, avec les odeurs je fais des associations bizarres. Des sortes de lapsus olfactifs peut-être. 

03
SEP 23

Effets secondaires

C'est bizarre, enfin c'est complètement inattendu, je me découvre à présent bien curieux d'un domaine où j'étais un vrai cancre au collège. Oui, l'histoire-géo. Surtout l'histoire.
Le côté cancre c'est sans doute parce que la prof m'intéressait bien plus que sa matière alors. Je me souviens, elle déboulait le matin dans le parking des profs en Skoda. Toute jaune. Une voiture des pays de l'Est, encore rare à l'époque. Elle m'intriguait – la prof pas la voiture –, j'imaginais une femme qui venait du froid et c'est son histoire à elle que j'aurais préféré connaître.
Parce qu'il y a forcément des « jeux de transfert » entre les élèves et les profs. Une forme de sublimation de la libido. Quoiqu'on en dise. Oui, c'est ça au fond qui nous donne du goût pour le savoir, qui porte notre désir d'apprendre.
21
JUI 23

Sans rendez-vous

L'inconscient ne reçoit pas sur rendez-vous ! Ça m'est venu l'autre jour en Twingo, je roulais sur la D28, ça n'avait rien à voir, mais il y avait pas mal de coquelicots au bord d'un champ de blé, juste avant la moisson. Alors je me suis arrêté un instant pour faire un ou deux clichés. Et c'est cette histoire de sans rendez-vous qui a surgi. Comme ça, tout d'un coup. Sans rendez-vous justement. Les mots d'esprit sortent aussi de l'inconscient, un peu comme des chatouilles.
Et ça m'ouvrait une piste complètement à rebrousse-poil pour la vie – dans mon rapport à la vie inconsciente je veux dire. Il y a bien sûr tous les oublis, les actes manqués, les ratages en continu dans la journée, et puis les rêves de la nuit mais, pour trouver de quoi il en retourne, c'est toujours comme un jeu de l'oie : j'ai besoin de passer par la case divan. Même jour même heure. Sur rendez-vous justement.

30
JUN 23

ARCHI BRUT

Je me demande encore comment je suis arrivé là. C'est peut-être un algorithme qui m'a capté, tracé ? En tout cas, il y a quelques semaines, ou même plusieurs mois déjà, je n'ai pu m'empêcher de m'abonner au fil de BRUT BUILDS sur Instagram. Je l'ai ajouté à mes favoris aussi.
C'est un concentré de spots aux quatre coins du monde sur des architectures de béton armé. La cité radieuse, à Marseille. Le terminal TWA de l'aéroport JFK, à New York. Sainte-Marie de la Tourette, un couvent de dominicains près de Lyon. etc.

16
JUN 23

Défaillances et cafouillages

Depuis quelque temps, je cafouille ou je défaille a tire larigot visiblement. Peut-être une sorte d'ataxie (*). Tout ça inquiète mon entourage et fait craindre le pire pour le futur, pour mes vieux jours.
Là, par exemple, j'avais acheté des pensées chez Momo le dépanneur du village d'à-côté. Dès que le printemps arrive, ce gars-là installe toutes sortes de plants sur les trottoirs autour de sa supérette. Oui, à foison, entre les tabloïds de L'Yonne Républicaine et les bouteilles de gaz. Les pensées c'était pour remplacer des vivaces au jardin qui, au fil des années, avaient fini par péricliter aussi.

30
AVR 23

Microbes & Psyché

Je ne sais pas si vous avez ça, vous aussi : des fois, je me fais pas mal de frayeurs.
Enfin, c'est une angoisse bien familière au fond. J'ai soudain peur d'être contaminé. Et pas du tout par le coronavirus parce que ça, c'est déjà fait – et plusieurs fois déjà – là, c'est dans les toilettes plus ou moins publiques, avec la crainte soudaine d'attraper je ne sais quoi.
Je dis « plus ou moins publiques » parce que ce n'est pas forcément dans les sanisettes JC Decaux mais dans les WC du Cocoon Space, là où je reçois.
C'est très cosy, c'est toujours propre, et il n'y a pas de raison donc. Mais le rationnel n'a pas cours dans l'inconscient. Au contraire, c'est un peu comme dans un vide-grenier, les choses sont de bric et de broc, elles viennent d'une autre époque et se tiennent plus ou moins serrées ensemble.
 
11
AVR 23

Des rêves en morceaux

L'autre fois, j'ai rêvé toute la nuit – enfin j'avais l'impression que c'était vraiment toute la nuit – mais le souci c'est que ce rêve-là c'était juste une chanson qui tournait en rond dans ma tête. Quelques notes. Un refrain.
C'était rageant, j'étais soudain enragé je veux dire, parce que ça semblait échapper aux différentes entourloupes, à toute la mécanique de censure qui bat son plein dans chaque rêve et que pourtant je crois bien connaître à présent.
Oui, par exemple, je me retrouve de plus en plus souvent avec juste un bout de rêve au réveil. Une image, une séquence coupée d'un scénario comme un thriller, ou même un seul mot, mais qui s'impose alors, qui insiste.
L'autre nuit, c'était sans doute la trace la plus minuscule. Plus petite encore qu'un air de chanson. Une seule lettre, un atome de rêve en quelque sorte : la lettre X, posée quelque part sur une route, je ne sais plus où.

31
MAR 23

La vie en zigzag

Je ne sais pas trop si vous vous êtes déjà allongé sur un divan ? Pour parler de ce qui vous taraude ? Ou de ce qui déraille souvent, ici et là, dans vos amours ou au boulot ? Pour craquer le code de vos rêves aussi, si vous aimez rêver peut-être ?
Et ainsi entrevoir votre manière toute particulière d'être dans votre vie, d'être en vie. Et alors « arrêter d'emmerder les autres » ; c'est Fabrice Luchini qui dit ainsi les effets du divan pour lui.
Et si c'est ça, alors à un moment donné, vous vous êtes sans doute laissé aller en associations libres. Enfin plus ou moins, parce que ce n'est vraiment pas facile, je trouve, cette manière de parler, de se dire soi-même. Ce n'est pas habituel en tout cas.
Et c'est pour ça que les gens veulent préparer, s'accrocher à un fil de pensée par peur de le perdre, censurer tout le bizarre ou les fantaisies personnelles qui surgissent, etc. C'est toute une mécanique de défenses inconscientes qui se fait jour ici et qui fait aussi partie de notre névrose.